Blogue de JD Genest!

Firefox et la confiance brisée : une réécriture controversée

2025-03-12 /  954 mots /  5 min de lecture
image non présent

Firefox, ce navigateur qui était le symbole de la résistance du web dans les années 2000, vient de se tirer une balle dans le pied en réécrivant ses conditions d’utilisation.


Une phrase qui sème le doute


Tout commence par cette phrase extraite des nouvelles conditions d’utilisation :

« Lorsque vous téléversez ou saisissez des informations via Firefox, vous nous accordez par la présente une licence non exclusive, libre de redevance et mondiale pour utiliser ces informations afin de vous aider à naviguer, expérimenter et interagir avec le contenu en ligne. »


La formulation est ambiguë et peut être interprétée comme une autorisation donnée à Firefox de vendre des données personnelles. Cette phrase a mis le feu aux poudres dans la communauté du logiciel libre, car Firefox s’est toujours positionné comme un défenseur de la vie privée et de la protection des données. Ces dernières années, Mozilla a mis un point d’honneur à se différencier des autres navigateurs en mettant en avant son modèle d’entreprise à but non lucratif.


Des modifications inquiétantes dans la politique de confidentialité


Pour ajouter de l’essence au feu, une autre modification dans la politique de confidentialité a attiré l’attention. Mozilla aurait supprimé un passage clé, ce qui peut être perçu comme une manière discrète de revoir ses engagements en matière de respect de la vie privée.


Certes, tout cela peut sembler être du pinaillage juridique, mais dans un monde où les données sont le nouveau pétrole, notamment avec l’essor de l’IA, avoir un acteur comme Firefox jouant le rôle de garde-fou était essentiel pour ceux soucieux de leur confidentialité.


Mozilla se justifie : une contrainte légale ?


Mozilla n’a cependant pas pris cette polémique à la légère et a expliqué que ces changements étaient dus à une loi californienne qui a redéfini la notion de « vente de données ». Selon Mozilla, cette nouvelle définition les obligeait à reformuler leurs engagements sans pour autant trahir leurs principes.


« The reason we’ve stepped away from making blanket claims that “We never sell your data” is because, in some places, the LEGAL definition of “sale of data” is broad and evolving. As an example, the California Consumer Privacy Act (CCPA) defines “sale” as the “selling, renting, releasing, disclosing, disseminating, making available, transferring, or otherwise communicating orally, in writing, or by electronic or other means, a consumer’s personal information by [a] business to another business or a third party” in exchange for “monetary” or “other valuable consideration.»


Mais d’autres voient cette affaire comme une tentative opportuniste de Mozilla, surtout dans un contexte où Google cherche à réduire la dépendance de Chrome à ses propres services publicitaires (Chrome sans Google). Mozilla, qui dépend en grande partie des revenus provenant de son partenariat avec Google, pourrait chercher de nouvelles sources de monétisation, d’autant plus que l’IA génère une demande croissante en données.


Un navigateur, un poste d’observation stratégique


Contrairement à une simple plateforme web ou un logiciel spécifique, le navigateur est un élément central de nos vies numériques. Il est la porte d’entrée vers Internet, ce qui lui donne un accès privilégié aux comportements des utilisateurs. C’est cette position stratégique qui a valu à Google un procès antitrust, et c’est aussi ce qui rend toute évolution des politiques de Mozilla particulièrement sensible.


Une erreur de communication aux lourdes conséquences


À mon avis, Firefox a surtout commis une erreur de communication. En modifiant discrètement ses conditions d’utilisation, Mozilla a donné l’impression d’un changement en catimini, ce qui suscite naturellement la méfiance. Or, ces politiques évoluent souvent sans que les utilisateurs en soient informés en temps réel. Cependant, toucher au cœur même du produit — la protection des données — revient à miner la confiance qui a toujours fait la force de Firefox. C’est un peu comme Tesla, dont la chute en bourse a été précipitée par un changement de cap politique de son dirigeant(Être autiste n'est pas une excuse).


L’éthique : un poids à assumer


La vertu attire, mais elle est aussi un poids : savoir la porter est essentiel. Mozilla a construit son identité sur la transparence et la protection des données. Si ces engagements sont perçus comme vacillants, même à tort, la marque risque d’en payer le prix fort.


**entre le temps que j'ai écris: il y a cette article qui ajoute un poid à mes dires: https://www.clubic.com/actualite-556725-pour-survivre-mozilla-se-voit-contrainte-de-soutenir-google-face-a-la-justice-americaine.html


ref:https://www.journaldugeek.com/2025/03/08/mozilla-rectifie-le-tir-apres-la-polemique-sur-ses-nouvelles-conditions-dutilisation/



Section commentaires

Pas de commentaire

Autres articles dans les mêmes sujets

image non présent

Vie privée et cybersécurité : deux faces d’une même pièce ?

L’annonce de certains changements dans Firefox a relancé les débats sur la protection de la vie privée en ligne (Firefox et la confiance brisée : une réécriture controversée). Autrefois perçu...
­